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L'Entrepote, un beau projet de serre urbaine vertueuse

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Sur le toit d'une ancienne menuiserie de Schaertbeek, située dans le nord-est de l'agglomération bruxelloise, deux couples, ont créé un potager urbain où les habitants du quartier cultivent des herbes aromatiques, petits fruits et légumes. Pour pouvoir profiter du potager toute l'année, l'équipe de l'Entrepote a le projet d'installer une serre un peu particulière...

L'Entrepote c'est d'abord une salle, lieu polyvalent ouvert, dans lequel sont organisés des apéros urbains, des formations ou des activités socio-culturelles. Mais les activités débordent sur le toit où un potager urbain a été créé, pour les habitants du quartier qui cultivent eux-mêmes dans des bacs et sacs remplis de terreau. Le potager sert aussi de support pour des formations à l'agriculture urbaine et pour des activités pédagogiques à destination des écoles. 

Mais le potager est soumis aux contraintes climatiques et la saison potagère est courte. Pour surmonter cet obstacle, l'équipe de l'Entrepote a décidé d'installer une serre sur un bon tiers de la toiture. Mais cette installation ne constituera pas une serre au sens classique du terme puisque le projet vise aussi à récupérer une partie de l'énergie perdue du bâtiment porteur.

Un projet sélectionné dans le cadre du programme européen GROOF

Pour réaliser au mieux son projet, l'Entrepote a candidaté et a été retenu dans le cadre du programme GROOF (Greenhouses to reduce CO2 on roofs). Ce projet Interreg North-West Europe, comprend la Belgique, la France, l'Allemagne et le Luxembourg. En France, les partenaires associés sont l'Institut Technique de l'Horticulture (ASTREDHOR), le Comité Scientifique et Technique du Bâtiment et Les Jardins de Gally.

Le projet GROOF est une une approche intersectorielle innovante pour réduire les émissions de CO2 dans les secteurs de la construction et de l'agriculture en combinant le partage d'énergie et la production alimentaire locale. L'idée du programme est d'utiliser les serres sur les toits comme un outil pour récupérer activement (utilisation du système de ventilation) et passivement (effet d'isolation) la chaleur produite et autrement perdue par le bâtiment porteur. Il cherche aussi à collecter le CO2 produit par l'activité humaine et les activités du bâtiment porteur pour alimenter les plantes. Pratiquement, le programme doit faciliter l'émergence de ce type de serre sur le marché.

Ainsi, des chercheurs de plusieurs pays travaillent ensemble pour étudier et expérimenter dans le détail le potentiel offert par les serres installées sur les toits de bâtiments urbains. Un travail de qui repose sur une expertise multidisciplinaire dans le domaine agronomique mais aussi en économie, en gestion de l’énergie et en construction. Ainsi, à l'Université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, les scientifiques du C-RAU (Centre de Recherches en Agriculture Urbaine) disposeront au printemps prochain d’une serre pilote qui prendra pied sur le toit d’un bâtiment, pour expérimenter tout ceci. Et dans le cadre du programme GROOF, les chercheurs accompagnent aussi cinq projets dont fait partie celui de l’Entrepote à Schaerbeek.

Un projet vertueux

Le coaching des chercheurs porte principalement sur l’élaboration d’un modèle économique rentable et de solutions efficientes pour récupérer la chaleur nécessaire. La serre sera chauffée par la chaleur émanant du bâtiment porteur, et il est aussi envisagé de récupérer, via un système d’échangeur thermique, une partie de l’énergie générée par la hotte de la cuisine et un moteur de la chambre froide.

L'Entrepote est également accompagnée par un ingénieur conseil en "low tech". Celui-ci aide l'équipe à élaborer un plan cultural en intégrant la valorisation économique des produits, car il est indispensable de trouver des débouchés pour finançer la serre. La production sera destinée à la cuisine de deux traiteurs hébergées dans le bâtiment porteur, mais aussi à d'autres restaurateurs et commerçants du quartier qui ont manifesté un intêret pour des produits frais et locaux.  

Le projet comporte aussi une partie valorisation des déchets végétaux des commerçants et restaurateurs du quartier sous forme de compost pour fertiliser le potager.

L'Entrepote, qui a anticipé en renforcant les structures du bâtiment et qui dispose de toutes les autorisations nécessaires, doit finaliser son projet au printemps pour se mettre ensuite en quête de la centaine de milliers d'euros nécessaire pour construire la serre. Un beau projet à suivre !

Marie-Christine Bidault
 
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