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Quel rôle des collectivités dans l'essor de l’agriculture urbaine méditerranéenne?

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Les 18 et 19 novembre derniers s'est tenue à Marseille, la 3ème édition des « Journées des Agricultures Urbaines en Méditerranée »*. Agri-city.info, en tant que partenaire presse était présent; avec des étudiants de MJE URBEA**.

Giulia Giacché, docteure à Exp'AU, Bureau d'expertises en Agricultures Urbaines, rappelle d'emblée que la Méditerranée se distingue de l’Europe du Nord par « des configurations de dynamiques » différentes entre les villes et les agriculteurs. D’une part, il existe une dynamique « de coupure », qui se traduit par des politiques pas prêtes encore à intégrer l’agriculture dans des projets urbains. Ce qui est le cas dans les villes de Meknès au Maroc ou Constantine en Algérie. Par ailleurs, la spécialiste précise q'il existe une dynamique de « mobilisation des citadins » où les municipalités locales intègrent les populations dans les projets territoriaux et les font participer à l’agriculture urbaine. Un exemple concret avec la municipalité lisbonnaise qui, en 2011, a modifié son Plan Local d’Urbanisme et ainsi créé 20 parcs horticoles en plein cœur de la ville avec des parcelles disponibles de 30 à 40 m² pour les quartiers moyens, et de 80 à 100 m² pour les quartiers plus populaires. 

Il existe en Méditerranée une dynamique où l’agriculture urbaine est déjà fortement intégrée dans les politiques locales telle qu’à Pise, en Italie, où des plans alimentaires ont été mis en place. 

De plus, les territoires agricoles méditerranéens sont gérés par des syndicats agricoles qui vont encourager les politiques locaux à développer des projets sur leur territoire. Raimon Roda y Noya, Ingénieur à l'Area Metropolitana de Barcelona, précise que dans sa ville, c’est le Conseil Général qui aura la tâche de convaincre le gouvernement de l’intérêt de ces projets. 

Des terres méditerranéennes sous pression

Les terres agricoles méditerranéennes péri-urbaines sont souvent soumises à une forte pression urbaine. Giulia Giacché souligne qu'en Italie, il existe une vingtaine de projets de construction autour des villes de Naples ou Milan. Ces terres s'inscrivent généralement dans aucun cadre législatif qui pourrait favoriser l’émergence d’initiatives par la création d’ « espaces de liberté et d’apprentissage » ou « de création et d’échanges ». D’autre part, d'un point de vue agronomique, les spécificités peuvent varier d’un lieu à l’autre. Au Maroc le climat aride et des sols pauvres et trés calclaires rendent l'accés à la ressource en eau difficile.

Malgré la bonne volonté des autorités publiques, le développement de l’agriculture urbaine est difficile en raison de problèmes de foncier,
de désertification des campagnes ainsi qu'à la salinisation des sols 

Giulia Giacché précise que la Méditerranée fait également face à un phénomène de « reterritorialisation de l’agriculture », avec un « mouvement vers et pour les territoires ». Ce phénomène se traduit sous deux formes : une restructuration de la ville dans le but d’accueillir l’agriculture urbaine et une agriculture « qui investit l’espace urbain ». Ces deux formes de reterritorialisation permettraient de « répondre à des crises, des inquiétudes, des désirs de produire et consommer autrement en ville ». D'aprèsEmmanuelle Bonneau de l'Université Bordeaux Montaigne, "les principaux enjeux des territoires méditerranéens pour les collectivités sont d’apprendre à travailler avec l’ensemble des acteurs, de mobiliser l’approche institutionnelle  et  comprendre les besoins des usagers pour répondre aux projets de maîtrise d’ouvrage efficacement". 

Des difficultés comme celui de choisir un statut

Elena Carmagnani, architecte chez OrtiAlti indique que les principales difficultés pour les collectivités méditerranéennes sont de « choisir un statut et l’écrire juridiquement », de « trouver un langage commun » du fait de la diversité des acteurs mobilisés (universitaires, agronomes, chercheurs…), et « les ressources économiques nécessaires ». Pour Marion Schnorf, Directrice de la Cité de l'agriculture à Marseille, les collectivités territoriales doivent soutenir à l'heure actuelle la conception de projets avec peu de ressources financières. Or les moyens financiers sont « déterminants » dans l’issue de projets d’agriculture urbaine, comme l'est la gestion des moyens temporels et « humains » nécessaires à la genèse et à la continuité de projets.

Sklaerenn Hameau et Lou Berst**
**Membres de l’Association EDIA, Groupe de 8 étudiants et futurs ingénieurs en 4ème année à l’ISTOM et porteuses avec 6 autres étudiants du projet « MJE URBEA » - Ecole Supérieure d’Agro-Développement International – Angers – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

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