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Comment valoriser les algues sargasses ?

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Les sargasses, espèce d'algues, prolifèrent particulièrement dans les Caraïbes ces dernières années. Leur présence peut perturber l'économie locale et la faune et la flore. Agri-city.info revient pour vous sur ces algues particulières et vous présente des projets innovants qui cherchent à les valoriser. 

Qu'est-ce que les algues sargasses ? 

La sargasse (sargassum) est un genre d'algues brunes de la famille des sargassaceae. Ces algues peuvent se former en larges bancs, en rangs serrés, qui peuvent s'allonger sur plusieurs kilomètres. Elles s'échouent par la suite en plus ou moins grandes quantités sur les plages. 

En France, les îles de la Martinique et la Guadeloupe notamment, mais aussi depuis peu Saint-Martin et Saint-Barthélemy sont touchées par ces algues. Plus largement, ce sont les Caraïbes qui sont touchées par ce phénomène, particulièrement La Barbade, Porto Rico, mais aussi le Texas et le Mexique.
Depuis 2011, le phénomène est particulièrement important en Martinique et en Guadeloupe, il aurait même tendance à empirer d'année en année, perturbant ainsi les habitant.es vivant à proximité des plages, les activités nautiques et la pêche. 

Pourquoi les sargasses se développent-elles ces dernières années ? 

Ce phénomène s'ajoute parfois à des marées d'algues vertes localement, présentes depuis les années 1980 et dues à des pollutions azotées provenant de pollutions domestiques et de l'agriculture selon les saisons. 
Ces algues se développeraient d'autant plus que les lambis, espèce de mollusque marin (lobatus gigas) auraient été surpêchés ces dernières décennies alors qu'ils consommaient directement les sargasses. 
La chlordécone (insecticide organo-chloré toxique utilisé dans les îles dans les plantations de bananes jusque dans les années 1990) et les antifoulings (peinture anti-salissure et anti-souillure, utilisée pour les bateaux) seraient également mis en cause. 
Les sargasses se développent particulièrement dans la mer caraïbe, et l'agriculture intensive pratiquée en Amazonie serait aussi susceptible de jouer un rôle dans la prolifération des algues avec les apports de nutriments importants en phosphate et en nitrate. En effet, ce type d'agriculture intensif favorise la déforestation qui accélère alors les phénomènes de ruissellements et de lessivage des sols qui alimentent l'apport important de nutriments dans les rivières qui finissent en mer. 
Enfin, de nombreux autres facteurs pourraient être susceptibles de favoriser la prolifération de ces algues, tels que des changements de courants marins, la destruction des mangroves à l'embouchure des rivières et notamment du fleuve Amazone, mais aussi le sirocco (vent saharien violent sec et chaud qui charrie du sable et pourrait être riche en fer et phosphates, utiles à la prolifération des algues). 

Quelles sont les conséquences de la présence de sargasses sur les côtes ?

En séchant, les algues dégagent une odeur comparable à l'œuf pourri, et émettent de l'ammoniac et de l'hydrogène sulfuré. Ces gaz émis peuvent notamment piquer la gorge, brûler les yeux, faire des maux aux oreilles, faire tousser, entraîner des démangeaisons cutanées ou encore provoquer des nausées et des problèmes digestifs. Ces désagréments sont particulièrement causés par la présence de sulfure d'hydrogène. Mais ils ne concernent pas que l'Homme, puisque les algues perturbent également la faune et la flore locale.

Ainsi, des conséquences économiques importantes en découlent, puisque cela affecte la qualité de vie et la santé publique des îles concernées. 
Certaines plages doivent être fermées, tellement les algues sont nombreuses à certains moments de l'année, impactant alors l'économie locale souvent basée sur le tourisme et obligeant certains locaux à déménager temporairement à cause des gaz qui en émanent. 
La pêche est particulièrement touchée, les moteurs de bateaux ne peuvent parfois pas fonctionner, car la quantité d'algues est trop importante. Certaines zones marines voient également leur oxygène diminuer, et ce, au détriment de nombreuses espèces marines. Les tortues voient leur accès à la plage se compliquer et la chance de survie des petits au moment de rejoindre la mer au moment de l'éclosion des œufs, se réduire. 

Un état de catastrophe naturelle ?  

Les collectivités sont rapidement prises au dépourvu quand le phénomène prend de l'ampleur. Chaque année, elles déboursent plusieurs milliers d'euros pour tenter de faire face aux algues. Par exemple, en 2019, comme en 2018, l'île de Saint-Barthélemy a dépensé plus d'un million d'euros pour déblayer les algues. Depuis 2018, certain.es appellent l'Etat à faire reconnaître l'état de catastrophe naturelle suite à l'échouage massif sur les côtes. 

Des systèmes de barrages et des bateaux de ramassages des algues se sont développés ces dernières années, mais néanmoins, ils ne représentent pas une solution durable pour lutter contre les sargasses. Adopter des pratiques agricoles plus vertueuses et tenter de préserver les lambis semblent être une première piste pour essayer de limiter la prolifération de ces algues. 
Ces dernières années, des solutions de valorisations des sargasses ont vu le jour, agri-city.info revient sur des exemples d'initiatives qui se développent actuellement. 

Comment valoriser les sargasses ? 

De nombreux usages se développent avec les sargasses ces dernières années. En effet, ces algues représentent des opportunités en tant que source de méthane, transformation énergétique, et nutriments ou aliments pour les chèvres et les porcs. Elles sont déjà utilisées dans la phytothérapie, la méthanisation, le compostage. Des valorisations en tant que biofiouls, alginates et bioraffinerie sont également envisagées. 
Néanmoins certains projets sont tout de même freinés par la possible présence de métaux lourds dans les algues et par la saisonnalité et pérennité non assurée de ce phénomène qui peux freiner les entreprises à investir dans des projets de valorisation de ces algues. 

La sargasse comme décoration

En Guadeloupe, le Docteur Henry Joseph et le lunetier Richard Trèfle travaillent en collaboration pour réutiliser les sargasses dans les lunettes. L'objectif de Monsieur Trèfle est d'intégrer directement les sargasses dans les montures de lunettes. Le lunetier a déjà innové auparavant en intégrant des matériaux naturels dans ses lunettes, tels que la noix de coco, du tissu, de l'indigo ou du fruit à pain. 

Dr Henry Joseph, expert en plantes médicinales, l'aide dans la décoration de ces lunettes originales. En effet, dans son laboratoire, il transforme la sargasse en feuille très fine. Ceci permet par la suite au lunetier de les intégrer dans les montures. 
Ce travail de précision permet de revaloriser les sargasses et d'avoir une paire de lunettes originale et unique en son genre. 

Un projet de valorisation organique par le groupe SUEZ

En 2018, SUEZ s'est intéressé à la valorisation biologique et à la fertilisation des algues sargasses en Guadeloupe, à travers sa filiale SITA Verde.
Collectivités, Services de l’Etat et l'ADEME s'étaient impliqué sur plusieurs axes, notamment : participer à l’acquisition de connaissances sur l’origine du phénomène, Favoriser le développement de techniques de collectes adaptées aux littoraux antillais et Identifier des moyens de valorisation, dans une perspective d’économie circulaire. 

"SUEZ a répondu à l'un de ces appels à projets issus de cette réflexion et a proposé d'engager un projet de valorisation des matières échouées. 
Soutenu par l’ADEME, en Guadeloupe, SUEZ introduit les algues brunes en provenance du territoire de la Communauté d’agglomération de la Riviera du Levant dans ses procédés de valorisation. L’arrivée des sargasses étant aléatoire, l'entreprise a fait le choix, de les intégrer sur un site de traitement existant, où 100 % des algues déposées sont valorisées. En effet, l'entreprise a également transformé les algues en énergie dans son installation de traitement de déchets non-dangereux de Sainte-Rose.
Le procédé consiste à réduire la matière organique en un produit « stabilisé » pour la production d’un fertilisant performant."

Le Sargasse Project : Valoriser les algues en les transformant 

Ce projet a été lancé par Pierre-Antoine Guibout, installé à Saint-Barthélemy. Il s'est lancé dans la valorisation des algues. 
Il a tout d'abord tenté de les transformer en cirage, mais cela n'a pas abouti. 
L'entrepreneur a alors réussi, après plusieurs mois de travail, à faire une pâte qui en séchant ressemble de plus en plus à une feuille de papier. 
Il s'est alors rapproché du laboratoire CEVA, Le Centre d’étude et de valorisation des algues pour faire certifier sa création.

"Les premiers résultats s’avèrent plus que positifs : ils montrent en effet que la pâte à sargasse a les mêmes propriétés cellulosiques que le papier et carton. Mieux encore, les analyses de métaux lourds montrent des teneurs équivalentes à celles classiquement mesurées sur des papiers et cartons d’emballage…"

"Suite à ces premières découvertes, Sargasse Project est retenu comme lauréat de la catégorie Start du Concours Innovation Outremer. Sur les 130 candidatures, 22 finalistes seulement ont été retenus. Le projet a reçu également le coup de cœur du jury lors du pitch ‘Act for Impact” de BNP Paribas, à l’occasion du Change Now Summit."
Dans les prochains mois, l’objectif de Sargasse Project est d’installer une première fabrique « pilote ».

D'autres projets sont également en cours pour valoriser les algues. Autant d'initiatives qui laissent un peu d'espoir malgré les inconvénients qu'elles peuvent apporter et qui pourraient être des alternatives intéressantes notamment en terme d'agriculture et de compostage...

Zélia Pontais Heuveline

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