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Le protoxyde d'azote (N2O) : l'oublié de la gestion durable des sols

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Dans une étude issue d'une collaboration scientifique internationale, des chercheurs ont considéré le rôle du protoxyde d'azote (N2O) dans les sols. L'impact du stockage du carbone pour la mitigation du changement climatique a été surestimé.

L'équipe de chercheurs a compilé des données sur le rôle et l'impact du N2O, un gaz à effet de serre puissant, dans les sols, et leur potentiel comme puits de stockage de carbone. Cette fonction des sols a dernièrement gagné en importance dans les discussions comme une solution pour réduire les effets du changement climatique.

Cette nouvelle gestion des sols s'incarne notamment par l'agroforesterie, la réduction du labourage, les apports organiques, permaculture, etc., mais lesquels sont vraiment efficaces ? L'étude affirme que certaines pratiques augmentent les émissions de N2O dans l'atmosphère.

L'étude, publiée dans le journale Global Change Biology, prend racine dans un séminaire organisé en 2018 par l'Institut CLAND qui avait pour objectif d'explorer l'impact de ce gaz généralement mis de côté. « Nous devons aller au-delà du carbone si nous voulons optimiser la contribution des sols et des pratiques agricoles pour la mitigation du changement climatique », affirme Rémi Cardinael, un scientifique des sols au CIRAD, et co-auteur de l'étude.

"La gestion combinée des niveaux de nitrogène et de carbone dans les sols est la seule manière d'atteindre les objectifs contre le changement climatique"

Plusieurs pratiques agricoles et leurs impacts sur la concentration de N2O dans les sols ont été examinées. L'équipe conclut que la plupart des pratiques considérées limitent bien le changement climatique. Toutefois, leur potentiel est parfois surestimé, telles les pratiques de réduction du labourage, car alors les émissions de N2O peut contrebalancer le carbone stocké dans les sols.

A l'inverse, les pratiques d'agroforesterie, d'apports organiques ou de permaculture ne causent pas une émission de N2O qui déséquilibreraient la balance. De son côté, le biochar (amendement du sol issu de la pyrolyse de biomasse) a le potentiel de réduire les émissions de N2O tout en améliorant les capacités de stockage des sols. C'est une option prometteuse.

« Cette étude met en exergue les nombreux processus en jeu et les incertitudes qui demeurent. La gestion combinée des niveaux de nitrogène et de carbone dans les sols est la seule manière d'atteindre les objectifs contre le changement climatique » défend Rémi Cardinael.

Un manque de données perdure, là où les contextes sont différents : climat, type de sol, les espèces cultivées, etc. En outre, des limites techniques continuent de rendre les travaux de mesure compliqués, car les émissions des sols sont intermittentes.

Propos traduits par Clément Cardon

Etude (en anglais) dans le journal Global Change Biology

Article (en anglais) du CIRAD

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