La ferme florale dont l'objectif est de former aux métiers de l’horticulture poursuit son développement. Le chantier d’insertion porté par l’association Halage prépare un nouveau projet, en Seine-Saint-Denis (93). Pour lancer cette unité, une campagne de financement participatif vise 20 000 €. Explications.
Son modèle associe production de fleurs coupées de saison, circuits courts, valorisation de friches industrielles et accompagnement de personnes éloignées de l’emploi.La fleur coupée constitue en effet aujourd'hui un marché largement dépendant des importations. Selon Fleurs d’Halage, "neuf fleurs sur dix vendues en France sont aujourd’hui importées" Une situation qui se traduit par des distances de transport importantes et, selon les conditions de production, par des impacts environnementaux et sociaux que la structure souhaite précisément réduire.
Chantier d'insertion
C’est sur ce constat que Fleurs d’Halage développe depuis 2018 une activité de production florale en milieu urbain. Le dispositif est conçu comme un chantier d’insertion spécialisé en horticulture. La production constitue donc un support à la fois économique et pédagogique : les salariés en parcours se forment aux pratiques horticoles et à l’ensemble des compétences nécessaires pour aller de la production à la commercialisation.
Produire au rythme des saisons
Le modèle repose sur une production de fleurs locales et de saison, cultivées sans pesticides. L’objectif est de proposer aux fleuristes franciliens une offre de proximité tout en contribuant à la relocalisation d’une partie de la production.
Cette approche répond également à l’évolution de la demande. La structure constate en effet, depuis la crise sanitaire un intérêt accru des fleuristes, des entreprises et des particuliers pour les fleurs locales et les alternatives aux productions importées. La nouvelle ferme doit permettre d’augmenter les volumes disponibles et de répondre à cette demande tout en renforçant les capacités d’insertion de la structure.
L’enjeu est aussi de travailler avec les contraintes propres à la production florale de saison. Connaissance des variétés, calendrier cultural, gestes horticoles et organisation du travail constituent autant de compétences mobilisées par les équipes.
Des friches transformées en espaces de production
L’une des spécificités du dispositif réside dans le choix des terrains. Fleurs d’Halage installe ses productions sur des friches industrielles et des sols dégradés. La ferme florale devient ainsi un outil de reconquête de foncier urbain, avec un objectif de renaturation des espaces.La première ferme, implantée sur le site de Lil’Ô à L’Île-Saint-Denis, constitue la démonstration du modèle. Cette implantation permet également de réduire considérablement les distances entre production et débouchés. Fleurs d’Halage précise que ses fleurs parcourent en moyenne 15 kilomètres pour être livrées. Une donnée particulièrement significative dans une filière où une partie importante de l’approvisionnement repose sur des productions éloignées des bassins de consommation.
Un modèle économique à consolider
La nouvelle ferme doit permettre de franchir un cap en matière de production et d’insertion. Mais son lancement nécessite des investissements. La campagne de financement participatif lancée par Fleurs d’Halage doit réunir 20 000 € pour financer notamment les semences, bulbes et jeunes plants, les équipements nécessaires à la production ainsi que les outils de travail des équipes en insertion.
Cette recherche de financement intervient dans un contexte de fragilisation des financements du secteur associatif. Pour Fleurs d’Halage, la capacité à développer cette nouvelle unité constitue donc aussi un enjeu de pérennisation du modèle économique.
À terme, l’ambition est de déployer de nouvelles fermes florales en Île-de-France. Le projet doit simultanément accroître l’offre de fleurs françaises auprès des professionnels, ouvrir davantage de parcours de formation et d’insertion et poursuivre la régénération de sols dégradés.
Le projet illustre ainsi une tendance de fond de l’agriculture urbaine : ne plus considérer la ville uniquement comme un espace de consommation, mais aussi comme un territoire de production, de formation et de reconquête foncière. Dans ce cas précis, la fleur coupée sert de support à cette stratégie, avec un modèle qui cherche à articuler performance productive, débouchés commerciaux et utilité sociale.
L’objectif affiché est finalement de démontrer qu’une filière florale locale peut se construire à partir des territoires urbains eux-mêmes, en rapprochant production et consommation et en procurant de nouvelles fonctions à des terrains dégradés.
150 000 tiges de fleurs produites par an
40 fleuristes partenaires
80 personnes accompagnées en parcours d’insertion entre 2018 et 2025
80 % environ de retours à l’emploi ou de sorties dynamiques
6 000 m² de friches industrielles mobilisées
15 km distance moyenne parcourue pour livrer les fleurs
20 000 € : objectif de la campagne de financement participatif pour lancer la nouvelle ferme
